Petite histoire de ma région
Posté : sam. sept. 23, 2023 8:10 am
L’épopée de « la Française »
Si l’ère industrielle de Vierzon a commencé en 1777, lorsque le Comte d’Artois, futur Charles X installe une forge dans un quartier qui dorénavant portera ce nom, c’est bien l’aventure du machinisme agricole qui a donné à Vierzon une des plus belles pages de sa renommée nationale.
Le pionnier La tradition industrielle est donc depuis longtemps ancrée à Vierzon lorsqu’un homme, Célestin Gérard, compagnon menuisier, effectue son tour de France et s’y arrête.
Sa première batteuse, qu’il avait créée pour son père est remarquée par un riche propriétaire des environs. Très vite le bouche à oreille lui assure une clientèle locale importante qu’il n’hésite pas à démarcher à domicile.
Le 15 octobre 1848 il ouvre, face à la gare, un atelier de réparations pour ses matériels.
Il se transformera bientôt en un véritable atelier de production en série.
Génial inventeur, Célestin Gérard est à l’origine de la première batteuse mobile de France. Mais surtout, il révolutionne l’utilisation de la force motrice en créant, en 1861, la première locomobile qui remplacera dorénavant le manège à chevaux. Grâce à ses inventions (25 brevets, plus de 300 médailles d’or et d’argent), Napoléon III en personne le fait Chevalier de la Légion d’honneur le 05 janvier 1868.
Son petit atelier est devenu grand au fil des ans.
De 1848 à 1879, ce sont 500 ouvriers qui ont produit plus de 2500 locomobiles et 3500 batteuses.
Sept hectares au service du « Vierzon »
Quand Gérard, diminué, revend ses ateliers en 1879, ce sont 7000 m² face à la gare qui constituent le patrimoine foncier initial de la Société Française de Matériel Agricole dirigée par Lucien Arbel.
Très vite le succès rend les locaux étroits et il faut penser à s’agrandir.
C’est d’abord le parc de Bel Air, dépendance de la manufacture de porcelaine voisine qui est racheté.
Les nouveaux ateliers qui vont être montés sur un modèle Eiffel (poutrelles métalliques), porteront des noms évocateurs pour l’époque : atelier du Nouveau Tonkin, atelier du Canal… Au total ce sont sept hectares en forte dénivellation depuis la gare jusqu’au Canal de Berry qui seront dévolus à la gloire du « Vierzon ».
La diversification est le mot d’ordre en ce début de XXème siècle. De nouveaux matériels émergent : bancs de scies, presses à paille, pompes à eau et surtout les tracteurs, à partir de 1934. Des tracteurs dont le bruit caractéristique des générations de 401, 551, 302 ou encore 201 résonne encore aux oreilles de ceux qui les ont utilisés… Vierzon c’est alors 70% de la production de machines agricoles françaises. La crise
Les aléas économiques des années 1920 et 1930 ainsi que la deuxième guerre mondiale ouvrent une ère de crise au sein de l’entreprise.
La concurrence des Mack-Cormick et autres Fergusson due au plan Marshall devient insupportable pour l’usine locale.
Le dernier soubresaut de l’aventure s’achèvera aux Etats Unis avec le rachat de l’usine par le géant américain Case.
C’est en 1958 que le géant des travaux publics rachète l’antique Société Française.
Case élimine ainsi un concurrent et permet son implantation sur le sol européen.
Continuant quelque temps la production de tracteurs agricoles, c’est très vite la catastrophe pour l’usine dont le dernier modèle sorti ne fonctionne pas.
On est obligé de rappeler les cinq cents exemplaires déjà vendus.
L’expérience a assez duré et l’administration américaine fait de Vierzon un simple site d’assemblage pour les backhoes américains.
La séculaire tradition agricole est bel et bien finie à l’aube des années 1970. Les quelques 1000 ouvriers perpétueront encore une vingtaine d’années le souvenir d’une forte activité industrieuse sur ce site.
Ils ne seront plus que 270 lorsque la direction annonce la cessation totale d’activité en 1995.
Le mot fin est alors apposé sur plus de cent années de machinisme agricole à Vierzon…
Reste la demeure de Celestin Gérard, devenue maintenant un restaurant>. Images : (Archives municipales Vierzon)
Texte : (Gérard Pain)
Si l’ère industrielle de Vierzon a commencé en 1777, lorsque le Comte d’Artois, futur Charles X installe une forge dans un quartier qui dorénavant portera ce nom, c’est bien l’aventure du machinisme agricole qui a donné à Vierzon une des plus belles pages de sa renommée nationale.
Le pionnier La tradition industrielle est donc depuis longtemps ancrée à Vierzon lorsqu’un homme, Célestin Gérard, compagnon menuisier, effectue son tour de France et s’y arrête.
Sa première batteuse, qu’il avait créée pour son père est remarquée par un riche propriétaire des environs. Très vite le bouche à oreille lui assure une clientèle locale importante qu’il n’hésite pas à démarcher à domicile.
Le 15 octobre 1848 il ouvre, face à la gare, un atelier de réparations pour ses matériels.
Il se transformera bientôt en un véritable atelier de production en série.
Génial inventeur, Célestin Gérard est à l’origine de la première batteuse mobile de France. Mais surtout, il révolutionne l’utilisation de la force motrice en créant, en 1861, la première locomobile qui remplacera dorénavant le manège à chevaux. Grâce à ses inventions (25 brevets, plus de 300 médailles d’or et d’argent), Napoléon III en personne le fait Chevalier de la Légion d’honneur le 05 janvier 1868.
Son petit atelier est devenu grand au fil des ans.
De 1848 à 1879, ce sont 500 ouvriers qui ont produit plus de 2500 locomobiles et 3500 batteuses.
Sept hectares au service du « Vierzon »
Quand Gérard, diminué, revend ses ateliers en 1879, ce sont 7000 m² face à la gare qui constituent le patrimoine foncier initial de la Société Française de Matériel Agricole dirigée par Lucien Arbel.
Très vite le succès rend les locaux étroits et il faut penser à s’agrandir.
C’est d’abord le parc de Bel Air, dépendance de la manufacture de porcelaine voisine qui est racheté.
Les nouveaux ateliers qui vont être montés sur un modèle Eiffel (poutrelles métalliques), porteront des noms évocateurs pour l’époque : atelier du Nouveau Tonkin, atelier du Canal… Au total ce sont sept hectares en forte dénivellation depuis la gare jusqu’au Canal de Berry qui seront dévolus à la gloire du « Vierzon ».
La diversification est le mot d’ordre en ce début de XXème siècle. De nouveaux matériels émergent : bancs de scies, presses à paille, pompes à eau et surtout les tracteurs, à partir de 1934. Des tracteurs dont le bruit caractéristique des générations de 401, 551, 302 ou encore 201 résonne encore aux oreilles de ceux qui les ont utilisés… Vierzon c’est alors 70% de la production de machines agricoles françaises. La crise
Les aléas économiques des années 1920 et 1930 ainsi que la deuxième guerre mondiale ouvrent une ère de crise au sein de l’entreprise.
La concurrence des Mack-Cormick et autres Fergusson due au plan Marshall devient insupportable pour l’usine locale.
Le dernier soubresaut de l’aventure s’achèvera aux Etats Unis avec le rachat de l’usine par le géant américain Case.
C’est en 1958 que le géant des travaux publics rachète l’antique Société Française.
Case élimine ainsi un concurrent et permet son implantation sur le sol européen.
Continuant quelque temps la production de tracteurs agricoles, c’est très vite la catastrophe pour l’usine dont le dernier modèle sorti ne fonctionne pas.
On est obligé de rappeler les cinq cents exemplaires déjà vendus.
L’expérience a assez duré et l’administration américaine fait de Vierzon un simple site d’assemblage pour les backhoes américains.
La séculaire tradition agricole est bel et bien finie à l’aube des années 1970. Les quelques 1000 ouvriers perpétueront encore une vingtaine d’années le souvenir d’une forte activité industrieuse sur ce site.
Ils ne seront plus que 270 lorsque la direction annonce la cessation totale d’activité en 1995.
Le mot fin est alors apposé sur plus de cent années de machinisme agricole à Vierzon…
Reste la demeure de Celestin Gérard, devenue maintenant un restaurant>. Images : (Archives municipales Vierzon)
Texte : (Gérard Pain)